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L'air du temps

13/10/2022

L'air du temps

La réforme est un processus, pas un événement. Koffi Annan.

 

Comment, aujourd'hui, au sortir de la crise sanitaire, et au devant des crises environnementales et géopolitiques que nous traversons, affronter les contradictions du formidable développement culturel de notre pays ?

Photo  : Bruno Scramgnon

L'action publique pour la culture s'inscrit dans une longue histoire, marquée par la reconstruction qui a suivi la seconde guerre mondiale et dont on sous estime l'exemplarité et l'héritage. Affirmer cela, ce n'est pas nier les ruptures culturelles et sociales qui fractionnent la société française et opposent les cultures populaires et les cultures savantes, dans une partition pensée comme une hiérarchisation esthétique. C'est au contraire former l'espoir que cet héritage saura vaincre les replis identitaires et communautaires, demeurant en cela dans l'idéal républicain.

 

L’air du temps


En juillet 2020, le baromètre de l’IFOP indiquait, au sortir d’un premier confinement et encore au cœur de la crise sanitaire, que 93% des Françaises et des Français exprimaient un manque vis-à-vis des activités culturelles, événementielles et sportives. Pour le spectacle vivant, 82% des spectateurs ressentaient ce manque et 100% d’entre eux affirmaient vouloir se rendre à nouveau au spectacle dès que possible. 86% des jeunes exprimaient la même frustration et le même désir pour les festivals. Pourtant, que constate-t-on en 2022 ? La fréquentation dans les salles de cinéma et de spectacle vivant en ce début d’année montre une baisse d’environ 25 % par rapport à la même période avant la crise sanitaire[1], malgré les efforts considérables consentis par les institutions culturelles, les artistes, les pouvoirs publics. 


Dans le même temps, une étude de l’IFOP pour Hadopi indique une intensification de la consommation culturelle numérique à domicile, et par voie de conséquence, une modification des pratiques culturelles et sociales. Le baromètre du numérique de l’ARCEP en 2021 donne dix chiffres clés qui confirment cette tendance, notamment l’augmentation substantielle du temps passé par les Français devant les écrans (pour une semaine : 19 heures devant la télévision, 19 heures sur Internet, 6 heures de vidéos en ligne), l’augmentation des équipements numériques par foyer (smartphone, tablettes) et la diminution de l’âge des usagers (44 % des 12-17 ans ont eu leur premier téléphone avant l’âge de 12 ans).


Par ailleurs, la relation des Français aux institutions est également agitée de contradictions, - comme l’indiquent les études du CEVIPOF[2]-, faite d’attachement et de rejet, de suspicions, de revendications pour le service public qui pour autant coûterait trop cher, et parfois d’ignorance. 


J’ai souhaité rapporter ces éléments chiffrés car aucun équipement culturel ne peut désormais faire l’économie de ces enjeux pour se penser dans l’avenir et dans sa relation à l’art, à la population, au partage. Quel avenir pour les lieux du spectacle vivant, les musées, les bibliothèques, les lieux d’une relation durable à l’art éphémère ? Quelles transformations nécessaires des institutions de la culture ?


La réforme est un processus, pas un événement. (Koffi Annan)

 

Peut-on transmettre les valeurs qui ont fondé les réseaux des équipements publics de la culture sans accompagner les profondes mutations sociétales et technologiques qui, dans le même temps que les droits culturels étaient reconnus par le législateur, présentent également tous les dangers de l’individualisme, du repli sur soi, des communautarismes, de la segmentation sociale, et des « identités » culturelles brandies comme autant d’étendards anti-républicains ? Il me semble que c’est précisément le défi que doivent relever les collectivités et l'état, défi qui ne saurait être envisagé sans un partage de l’analyse et des solutions avec les professionnels.

L'institution ne peut-elle se réformer que par sa marge, notamment les "tiers-lieux" qui feraient office de réponse innovante à l'inertie de mutations pourtant inévitables ? Il faut certainement retrouver, sous une autre forme, l’esprit des pionniers de la décentralisation culturelle.

 

[1]Source : intervention publique de Madame Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, en février 2022.
[2]Voir le baromètre du CEVIPOF de janvier 2022 sur les Français et les institutions